2014-2022 : huit années de galère avant des retrouvailles décisives
Un projet de 4x4, une première voiture construite, puis huit ans à tenir seul. Jusqu'au jour où un ami perdu de vue rappelle, et où le combat devient une entreprise.

Entre la première voiture construite et la naissance d'un constructeur, il y a parfois huit années dont personne ne fait jamais le récit.
2014, un premier projet
L'aventure industrielle de Bruno Laffite ne commence pas par une hypercar. Elle commence en 2014 par un gros projet de 4x4, ambitieux et coûteux, mené depuis le sud de la France. Il parvient à construire la première voiture, ce qui, pour qui connaît le secteur, constitue déjà un résultat rare. Passer d'une intention à un véhicule roulant suppose des fournisseurs, des bureaux d'études, des moules, des essais, une chaîne de décisions et une trésorerie qui suit.
La première voiture existe donc. Elle prouve que la démarche n'est pas une lubie. Mais dans l'automobile, construire un exemplaire et construire une entreprise sont deux métiers distincts, et le second commence exactement là où le premier s'arrête. Il faut alors répéter le geste, le fiabiliser, le certifier, le financer et le vendre, autant d'étapes dont aucune ne ressemble à la précédente.
Huit années difficiles
Suivent huit années que Bruno Laffite ne cherche pas à embellir. Les financements se négocient et se défont, les calendriers glissent, les partenaires changent d'avis, les homologations imposent leurs délais. Un projet automobile indépendant vit dans un état permanent de vulnérabilité : il faut convaincre avant d'avoir la preuve, et la preuve coûte précisément ce que l'on n'a pas encore.
À cette difficulté technique et financière s'ajoute la plus dure, la solitude. Un fondateur isolé porte tout : la vision, le discours, l'argent, le doute. Il n'a personne à qui déléguer l'inquiétude. Huit ans, en volume de vie, ce n'est pas une traversée du désert de façade : c'est presque une décennie où l'on répète chaque matin qu'il faut continuer, sans certitude que quiconque suivra.
Tenir n'a rien d'héroïque : c'est simplement refuser, chaque jour, la version raisonnable de l'histoire.
Des retrouvailles qui changent tout
Le renversement se produit voici environ quatre ans, en 2022. Bruno Laffite reprend contact avec Pascal Cohen, un ami rencontré des décennies plus tôt à l'École des cadres, à La Défense, où Pascal avait deux années d'avance sur lui. Les deux hommes s'étaient perdus de vue comme on se perd de vue après les études, sans rupture, par simple divergence de trajectoires.
Pascal Cohen, installé aux États-Unis, lui propose alors un emploi. Bruno Laffite répond qu'il est en train de devenir constructeur automobile. La conversation aurait pu s'arrêter là, sur un malentendu poli. Elle produit l'inverse : Pascal ne prend pas la réponse pour une échappatoire, il la prend au sérieux. Les deux amis deviennent associés et fondent ensemble Laffite Automobili.
Ce que change un associé, dans une histoire pareille, ne se mesure pas seulement en capital. Il change la nature du problème. Deux personnes peuvent se répartir les fronts, se contredire utilement, tenir le moral l'une de l'autre et présenter à l'extérieur une structure et non plus un homme seul. L'entreprise s'installe à Turin, au cœur du bassin industriel et du design italiens, et le projet cesse d'être une conviction personnelle pour devenir une marque.
Il y a, dans cette rencontre, une symétrie que Bruno Laffite souligne volontiers : l'école de commerce où les deux hommes s'étaient croisés jeunes gens débouche, trente ans plus tard, sur l'entreprise industrielle qu'aucun des deux n'avait imaginée. La boucle s'est refermée, et les huit années précédentes ont cessé d'être perdues.
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