Champion du Val-de-Marne : quinze ans sur le court avant la piste
De la petite enfance à dix-huit ans, Bruno Laffite a grandi dans un club de tennis que sa famille appelait sa maison de campagne. Il en est sorti champion départemental, avec une lecture du jeu jamais perdue depuis.

Avant les circuits, il y eut le court. De la petite enfance jusqu'à ses dix-huit ans, Bruno Laffite a grandi dans un club de tennis du Val-de-Marne que sa famille traitait comme sa maison de campagne. Il en est ressorti champion du département, et avec une façon de regarder l'adversaire qui ne l'a plus quitté.
Une maison de campagne sans campagne
Il y a des enfances qui se déroulent dans un jardin. Celle-ci s'est jouée sur un rectangle bordé de grillage, quelque part au sud-est de Paris. Ses parents n'avaient pas de résidence secondaire, ils avaient un club. On y arrivait le samedi matin, on en repartait le dimanche soir, et entre les deux il y avait les terrains, le club-house et les autres familles.
La formule qu'il emploie encore pour décrire ce lieu, la maison de campagne de la famille, dit exactement ce qu'il faut. Le tennis n'était pas une activité inscrite au planning, c'était un décor permanent. Un enfant qui grandit dans un club ne fait pas du tennis, il vit dedans. La nuance n'a rien de cosmétique, et elle explique une bonne part de ce qui a suivi.
De la petite enfance jusqu'à dix-huit ans, la fréquence n'a jamais faibli. Ni les hivers, ni les révisions, ni l'adolescence n'en sont venus à bout. Le titre de champion du Val-de-Marne, décroché dans un département où la densité de joueurs est forte, n'a donc rien d'un accident. Il est la conséquence arithmétique de quinze années passées sur les mêmes mètres carrés.
Lire le jeu avant qu'il arrive
Le tennis de compétition enseigne d'abord une chose que les spectateurs ne voient jamais : on ne joue pas la balle qui arrive, on joue celle d'après. Le geste de l'adversaire, l'orientation de ses épaules, la hauteur de son lancer au service, tout cela constitue une information disponible une fraction de seconde avant l'impact. Le joueur qui la traite gagne un temps que le joueur qui la subit ne rattrapera pas.
C'est très exactement la compétence que réclame un cockpit. Un pilote qui regarde le virage dans lequel il se trouve est déjà en retard. Il regarde le suivant, calcule la trajectoire de celui qui le précède, déduit le point de freinage d'un adversaire de la manière dont sa voiture s'est comportée au tour d'avant. La lecture précède toujours l'action.
Le jeu de jambes constitue le second transfert, moins évident. Un coup droit ne se réussit pas avec le bras, il se réussit avec les appuis pris deux mètres et une demi-seconde plus tôt. Le placement fabrique le geste. En course, la hiérarchie est identique : la sortie d'un virage se décide à l'entrée, et un pilote mal placé au freinage ne rattrapera jamais à la pédale ce qu'il a perdu à la trajectoire.
« Sur un court, on apprend très tôt que le point ne se gagne pas au moment où on le gagne. Il se gagne trois coups avant. »
Le point décisif
Reste le nerf. Le tennis a cette cruauté particulière d'isoler le joueur : pas d'équipe, pas de banc, pas de temps mort pour reprendre son souffle. À cinq jeux à quatre, service à suivre, il n'y a personne à qui passer la balle. La main tremble ou ne tremble pas, et le résultat est public.
Cette solitude, un pilote la retrouve intacte. Le casque referme un espace où aucune aide ne pénètre. Les séances de qualification, surtout, reproduisent la mécanique du point décisif : une occasion, un chrono, aucune seconde chance avant le drapeau. Bruno Laffite est arrivé à la compétition automobile à vingt ans avec cette habitude déjà installée, celle de fonctionner normalement à l'instant précis où plus rien ne l'est.
Il a quitté le club à dix-huit ans sans jamais faire du tennis un métier. Ce ne fut pas une carrière abandonnée mais une formation achevée : quinze ans de répétition, de classements, de matchs perdus au troisième set. Quand la première voiture est arrivée, l'essentiel était déjà en place.
Invitez Bruno Laffite à raconter les coulisses lors de votre événement.


