De Paris à Monaco : le fil rouge d'une vie menée comme une course
Né à Paris en 1970, pilote à vingt ans, entrepreneur à vingt-cinq, constructeur d'hypercars à Monaco : le parcours de Bruno Laffite ne doit rien au hasard, tout à une méthode.

Il est des existences qui se lisent comme une trajectoire : un point de départ, une longue série de virages, et une ligne qui finit par se dessiner. Celle de Bruno Laffite tient en un fil tendu de Paris à Monaco.
Il naît à Paris le 1er décembre 1970. Sa mère, ancienne hôtesse de l'air, quitte le ciel pour l'élever. Son père, Dominique Laffite, tient une concession automobile dans la capitale et engage une petite équipe au Rallye Monte-Carlo. Le frère de son père s'appelle Jacques Laffite : 177 Grands Prix, six victoires, trente-trois podiums, l'essentiel chez Ligier. L'enfant grandit donc entre deux versions du même monde, l'atelier et le paddock.
L'école du geste
Ce qui frappe, dans ce parcours, n'est pas la vitesse : c'est la répétition. À six ans, il se met au piano, qu'il n'a jamais abandonné. Au même âge, il découvre les Grands Prix à la télévision française, qui commence à les diffuser en 1976. Le club de tennis devient, selon sa propre formule, la maison de campagne de la famille : il y passe ses journées jusqu'à dix-huit ans et devient champion du Val-de-Marne.
Trois disciplines, une seule grammaire : anticiper, corriger, recommencer. Le baccalauréat le conduit à l'École des cadres, à La Défense, où il croise un étudiant de deux promotions au-dessus, Pascal Cohen. Aucun des deux n'imagine alors que cette rencontre resurgira trente ans plus tard.
La compétition, elle, arrive tard et vite. Première course à Montlhéry en 1990, à vingt ans, sur une Lotus Seven : pole position dès le premier week-end. Jean Todt, alors chez Peugeot, se trouve sur place et lui propose un volant en Championnat d'Europe de rallycross, sur une Peugeot 205 T16. Viennent ensuite la Formule Ford, la Formule Renault et la Formule 3, avec plusieurs victoires. Dix années durant, il figure parmi les six meilleurs pilotes de sa génération, aux côtés d'Anthony Beltoise, entré en piste au même moment.
La porte qui se ferme
Puis une loi française décide de la suite. La loi Évin, adoptée le 10 janvier 1991, interdit la publicité pour le tabac ; appliquée au sport automobile à partir de 1993, elle assèche le financement de toute une filière, et l'effondrement est consommé dès 1994. Une génération entière de pilotes français n'atteindra jamais la Formule 1. Pendant près de dix ans, la France n'y sera représentée que par Jean Alesi, déjà installé, et Olivier Panis, sorti de la filière Elf.
Bruno Laffite est légèrement plus jeune : la porte se referme juste devant lui. Il part aux États-Unis tenter l'IndyCar, discipline tout aussi coûteuse, effectue quelques essais en Formule 1, et cela s'arrête là. Ce genre de bifurcation brise beaucoup de carrières. Elle aura surtout révélé chez lui une capacité à changer de terrain sans changer de méthode.
Ce qu'un pilote apprend vraiment, ce n'est pas à aller vite : c'est à continuer quand la trajectoire idéale a disparu.
Le retour aux voitures
À vingt-cinq ans, il lance des circuits de karting de loisir à Paris et à Dijon, qu'il exploite pendant dix ans. Puis, à la naissance de ses filles (aujourd'hui âgées de vingt et un ans), il s'installe à Orlando, en Floride, et travaille dans la construction et la rénovation de maisons jusqu'à ses quarante-cinq ans environ. Il rénove ensuite des maisons près de Monaco. C'est là qu'il décide de revenir à l'automobile.
Le projet naît en 2014 autour d'une idée simple à formuler et difficile à tenir : une voiture de course homologuée pour la route. Un grand 4x4, un premier exemplaire, puis huit années difficiles. En 2022, il retrouve Pascal Cohen et, ensemble, ils fondent Laffite Automobili, installée à Turin. Le dessin est confié à Giorgetto Giugiaro, Car Designer of the Century en 1999. La LM1, dont les initiales renvoient au Mans, est une hypercar homologuée route de plus de 1 000 chevaux, limitée à vingt-quatre exemplaires.
Le fil court sans rupture : la même exigence appliquée au clavier, à la raquette, au volant, puis à une entreprise. Ce n'est pas une reconversion, c'est une continuité.
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