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Place de la Concorde : quand les grands départs appartenaient à la ville

Le Monte-Carlo et le Paris-Dakar s'élançaient alors de Paris, place de la Concorde, devant la foule. Retour sur une époque où le sport automobile se donnait en spectacle populaire.

La Rédaction · Laffite
17 juillet 2026 · 3 min de lecture
Place de la Concorde : quand les grands départs appartenaient à la ville

Il fut un temps où l'on n'achetait pas de billet pour voir partir une course : il suffisait de descendre place de la Concorde, au cœur de Paris, et d'attendre.

C'est de là que s'élançaient les grands rallyes de l'époque. Le Rallye Monte-Carlo et le Paris-Dakar prenaient leur départ dans la capitale, sur l'une des plus vastes places de France, entre les Champs-Élysées et les Tuileries. Enfant, Bruno Laffite y assistait, emmené par son père Dominique, concessionnaire automobile parisien qui engageait lui-même une petite équipe au Monte-Carlo.

Les grands départs

Un départ de rallye n'a rien à voir avec un départ de Grand Prix. Il ne s'agit pas d'un envol collectif, mais d'un défilé : les voitures s'ébranlent l'une après l'autre, à intervalles réguliers, chacune saluée pour elle-même. La cérémonie dure des heures. Elle laisse le temps de regarder, de comparer, de reconnaître les équipages, de commenter les préparations.

Le Paris-Dakar ajoutait à cela une dimension particulière : les concurrents ne quittaient pas seulement une ligne de départ, ils quittaient un continent. Camions, motos, voitures d'usine et engins bricolés partaient ensemble vers plusieurs milliers de kilomètres de pistes africaines, sans garantie de revoir Paris autrement qu'en avion. Le Monte-Carlo, lui, promettait l'hiver : les cols alpins, la nuit, le verglas, le choix des pneumatiques érigé en discipline stratégique.

Un spectacle populaire

Ce qui frappe rétrospectivement, c'est la gratuité de la chose. Le sport automobile se donnait au milieu de la circulation ordinaire, sur une place publique, à hauteur d'homme. On y venait en famille, sans réservation, sans accréditation, sans écran. Les spectateurs se tenaient à quelques mètres des voitures, assez près pour en sentir l'odeur.

Pour un enfant, cette proximité change tout. Une voiture de course vue à la télévision reste une image ; la même voiture, immobile devant soi, un matin d'hiver, devient un objet réel, avec ses rivets, ses autocollants, ses traces de mastic et ses pneus cloutés. Le mythe et la mécanique se rencontrent au même endroit.

Le public, lui, n'était pas spécialiste. On croisait des passionnés capables de nommer chaque équipage et des passants venus voir ce qui se tramait sur la place. Cette porosité constituait la force de l'événement : le sport automobile ne s'adressait pas seulement à ceux qui le suivaient déjà. Il recrutait, chaque hiver, une part de son public parmi les curieux.

Ce n'était pas encore un produit : c'était un événement de ville, où l'on pouvait toucher les voitures et parler aux mécaniciens.

Ce qui a disparu

Cette époque n'existe plus, et les raisons en sont connues : sécurité, logistique, contraintes urbaines, économie du sport, exigences de la télévision. Les grandes courses se sont professionnalisées, sécurisées, éloignées. Elles se regardent aujourd'hui mieux qu'elles ne se vivent, et la place de la Concorde est redevenue un carrefour.

Reste ce que cette culture-là a produit chez ceux qui l'ont connue enfants. Une certaine idée de l'automobile de compétition comme bien commun, exposé, partagé, et non comme spectacle réservé. Bruno Laffite a grandi dans cette France-là, entre les départs de la Concorde, la concession de son père et un ou deux Grands Prix par an.

Le fil n'est pas rompu. Lorsque S.A.S. le Prince Albert II de Monaco a pris le volant de la Laffite LM1 pour ouvrir le Grand Prix, puis que la voiture a été exposée pour l'été dans la collection princière, sur le port Hercule, quelque chose de cet esprit ancien s'est rejoué : une automobile de course rendue visible, dans une ville, sous les yeux du public. Le décor a changé. L'idée, non.

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