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Karting à Paris et à Dijon : dix ans de l'autre côté du volant

À vingt-cinq ans, Bruno Laffite cesse de courir pour faire courir les autres. Dix années à exploiter des circuits de karting, sa véritable école de commerce.

La Rédaction · Laffite
24 avril 2026 · 3 min de lecture
Karting à Paris et à Dijon : dix ans de l'autre côté du volant

À vingt-cinq ans, Bruno Laffite fait un pas de côté que peu de pilotes acceptent : il cesse de courir pour faire courir les autres, et ouvre des circuits de karting de loisir à Paris, puis à Dijon.

Changer de camp

Le début des années quatre-vingt-dix a refermé une porte. La loi Évin, votée le 10 janvier 1991 et appliquée au sport automobile à partir de 1993, assèche en deux saisons les budgets français. En 1994, la filière qui menait de la Formule Ford à la Formule Renault, puis à la Formule 3 et à la Formule 1, ne mène plus nulle part. Bruno Laffite a pourtant figuré, dix années durant, parmi les six meilleurs pilotes de sa génération. Il lui faut désormais inventer autre chose.

L'idée qu'il retient n'est pas une consolation, c'est un déplacement. Plutôt que de chercher un volant à tout prix, il choisit d'installer la piste là où le public se trouve déjà : au cœur de Paris d'abord, à Dijon ensuite. Le karting de loisir n'est pas la compétition, mais il en conserve l'essentiel, le chronomètre, la trajectoire, la sensation d'un moteur logé derrière les reins. Il devient exploitant.

Une école de commerce grandeur nature

Ce que les circuits lui enseignent alors, aucune salle de cours ne le lui aurait appris aussi vite. Un centre de karting est un atelier technique et un commerce en même temps. Il faut des machines qui tournent tous les jours, donc des pneus, des freins, des moteurs révisés, des pièces en stock. Il faut des équipes : mécaniciens, commissaires, accueil, encadrement des groupes. Il faut de la sécurité, qui ne souffre aucune approximation lorsqu'on installe des clients non préparés dans un engin rapide.

Il faut surtout comprendre la saisonnalité. Un circuit vit au rythme des vacances scolaires, des soirées d'entreprise, de la météo et du calendrier des ponts. Un samedi pluvieux ne se rattrape jamais. Dix ans à ce régime forment un chef d'entreprise plus sûrement que bien des cursus : trésorerie, masse salariale, relation client, entretien du matériel, responsabilité juridique. Bruno Laffite apprend le métier par le bas, dans le bruit et dans l'huile.

Diriger un circuit, ce n'est pas vendre de la vitesse : c'est vendre une soirée réussie, et répondre de tout ce qui l'entoure.

Il y a aussi, dans cette période, un renversement de posture. Le pilote est celui que l'on attend, que l'on chronomètre et que l'on juge. L'exploitant est celui qui attend, qui ouvre le matin, qui ferme le soir, et dont le travail ne se remarque précisément que lorsqu'il est mal fait. Ce passage de la lumière à l'organisation constitue peut-être la véritable bascule de sa vie professionnelle.

La lassitude, puis la suite

Dix ans, c'est long pour une activité fondée sur la répétition. Les journées finissent par se ressembler, les problèmes aussi. Bruno Laffite s'en lasse, sans drame et sans échec : le modèle fonctionne, il ne l'appelle simplement plus. Rien, dans le karting de loisir, ne peut retenir durablement quelqu'un qui a couru en Formule 3 et essayé une Formule 1.

Il tourne alors la page vers un autre continent et un autre métier, la construction et la rénovation de maisons en Floride. Mais l'expérience des circuits ne se perd pas. Elle lui a donné ce qui manque le plus souvent aux passionnés devenus entrepreneurs : la connaissance concrète de ce que coûte une entreprise, jour après jour, saison après saison. Vingt ans plus tard, quand il s'agira de fonder un constructeur automobile à Turin, cette formation-là comptera autant que le casque.

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