Jacques Laffite, l'oncle qui offrit à la France sa première victoire
Six victoires, 177 Grands Prix, une écurie devenue affaire nationale. En Suède, en 1977, Jacques Laffite signa la première victoire entièrement française de l'histoire de la Formule 1.

Une seule victoire suffit parfois à changer le statut d'un pays dans un sport. Au Grand Prix de Suède 1977, Jacques Laffite en signe une dont la France se souvient encore.
Jacques Laffite est le frère de Dominique Laffite, concessionnaire automobile parisien, et donc l'oncle de Bruno. Il court en Formule 1 de 1974 à 1986. En douze saisons, il dispute 177 Grands Prix, en remporte six et monte trente-trois fois sur le podium. L'essentiel de sa carrière se déroule chez Ligier, écurie française dont il devient, aux yeux du public, le visage.
Suède 1977
Sa victoire suédoise n'est pas seulement la première de sa carrière. Elle est la première victoire entièrement française de l'histoire de la Formule 1 : un châssis français, la Ligier JS7 ; un moteur français, signé Matra ; un pilote français. Jusque-là, la France avait donné au championnat des vainqueurs, des constructeurs et des motoristes, mais jamais les trois réunis dans la même voiture, le même jour.
Le détail compte, dans une discipline où l'on décompose volontiers la nationalité d'un succès. Il installe Ligier dans un statut particulier, quelque part entre l'écurie privée et le projet national, et il place Jacques Laffite dans une position à part : celle du pilote qui a fait basculer une statistique de pays.
Les années Ligier
Ce qui suit est une carrière longue, régulière, moins spectaculaire dans la démonstration que constante dans la présence. Trente-trois podiums en 177 départs disent une chose simple : la fiabilité d'un pilote dans une époque où la Formule 1 use vite ceux qui y entrent. Douze saisons au plus haut niveau, dans un sport qui, alors, ne pardonnait guère.
Cette carrière s'achève brutalement, en 1986, sur un accident à Brands Hatch. Il ne reprendra pas le volant en Formule 1. Le chiffre de 177 Grands Prix reste, lui, l'un des marqueurs de sa longévité, et une donnée que peu de pilotes français auront approchée.
Un nom ne se transmet pas comme un titre : il se porte, et il faut apprendre à marcher avec.
Porter le nom
Pour Bruno Laffite, né en 1970, rien de tout cela n'est abstrait. Il a six ans lorsque la télévision française commence à diffuser les Grands Prix, en 1976, et le pilote qu'il regarde à l'écran est son oncle. Peu d'enfants disposent d'un raccourci aussi court entre le rêve et le réel : le sport le plus lointain qui soit se joue dans la famille.
Le nom, pourtant, n'ouvre pas les portes que l'on imagine. En sport automobile, il ne dispense ni du budget, ni du chronomètre, ni des saisons où les partenaires manquent à l'appel. Il fixe surtout un niveau d'exigence : quand on s'appelle Laffite, une performance moyenne se remarque davantage qu'une bonne. Bruno Laffite fera donc sa propre trajectoire, de Montlhéry en 1990 aux formules de promotion, puis, la porte de la Formule 1 s'étant refermée, à l'entreprise.
L'héritage reste pourtant lisible dans un choix. Lorsqu'il fonde à Turin une marque d'hypercars, il ne cherche pas une appellation neutre, inventée, sans passé. Il donne à la société le nom de famille, avec ce que cela suppose de dette et de responsabilité. Laffite Automobili n'est pas une marque sortie d'un cahier des charges marketing : c'est une signature qui vient de quelque part, et qu'il faudra honorer.
Des décennies après la Ligier JS7 bleue, le nom figure de nouveau sur un châssis : celui de la LM1, hypercar homologuée route de plus de 1 000 chevaux, dessinée par Giorgetto Giugiaro et produite à vingt-quatre exemplaires. La boucle ne se referme pas tout à fait. Elle se prolonge.
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